Dominique A au Théâtre de la Ville

 

C’était il y a 20 ans. J’en avais presque 10.

« Le courage des oiseaux » s’est imprimé dans ma tête alors qu’il marquait l’arrivé sur la scène française d’un poète écorché vif . En 1992, Dominique A déboulait avec « La Fossette », un album magnifique où déjà il imposait sa marque avec une série de comptines au charme diabolique. La gamine que j’étais n’était pas allée au delà du single, découvrant l’artiste plus tard avec « La mémoire neuve » pour ne plus jamais le lâcher. Il a accompagné avec ses huit albums mes noirceurs adolescentes, mes errances de jeune adulte.

Ce soir, au Théâtre de la Ville, Dominique A célébrait à sa manière – sobre, modeste, généreuse, cet anniversaire sans céder aucunement à la nostalgie. Cette soirée cadeau pour les nombreux fidèles se découpait en deux parties. D’abord la reprise intégrale de « La Fossette » puis la présentation de « Vers les lueurs » son nouvel album à sortir en mars. Deux ambiances, deux alchimies musicales pour un bonheur complet.

Si la première partie a joué l’épure, Dominique A sur scène avec deux musiciens, elle n’a pas cédé à la nostalgie de la reprise copié-collé. On n’est pas à la RFM 80′s party! Le chanteur est toujours bel et bien vivant et sa voix a évolué. D’aigrelette il y a 20 ans, elle est devenue forte, enveloppante, intense. Impossible alors de ne pas revoir les arrangements.

C’est une relecture nerveuse, très rock qui nous a été livrée ce soir. A fleur de peau, à fleur d’âme, du son qui vous prend aux tripes. Les textes n’ont pas vieilli, ils n’ont rien perdu de leur éloquence et de leur pouvoir de suggestion. La magie opère dans ce renouvellement sagace. Il m’est difficile de réprimer les quelques larmes qui affleurent et cette boule qui me prend au ventre.

Après l’entracte, on retrouve Dominique A accompagné d’un quintet classique, de deux guitaristes et d’un batteur. Il s’agit maintenant de se tourner résolument vers l’avenir et de nous présenter l’ample et très réussi « Vers les lueurs » que l’on est déjà impatient de retrouver sur disque au printemps.

Si l’ambiance contraste, le talent reste le même, quoique l’on mesure le chemin que l’auteur a parcouru fait dans l’élaboration de ses textes et dans la diversification de ses thématiques. Il a gagné en maturité, mais ne s’est pas calmé pour autant – et d’ailleurs « La musique » ne présageait en rien un quelconque assagissement. Le style est nerveux, sanguin, organique. Malgré des arrangements aux architectures précises et ciselées, le son demeure toujours aussi organique.

Dominique A, entre chef d’orchestre et danseur, évolue sur scène en effectuant de larges mouvements de bras et esquisse quelques pas comme pour mieux accompagner la puissance de son chant. Pour la première fois, me semble t-il, il investit les territoires de l’enfance et de l’adolescence, et il adopte parfois une vision un peu plus optimistes que d’habitude- la lumière est le leitmotiv de ce nouvel album.  Cela ne l’empêche pas d’aborder les amours déçues, tristes et perdues, le mal être et la nostalgie.

On savoure une orchestration d’une très grande richesse qui offre encore davantage d’envergure à ses chansons inspirées et toujours inclassables: pop sous certains aspects – refrains entêtants qui ne cèdent pas à la facilité pour autant, rock parce que l’esprit, le rythme et les guitares sont là, mais sans lourdeur aucune.

Dominique A est surtout un vrai romantique, au sens premier du terme, passionné, intense, résolu, à l’instar des personnages des peintures de Friedrich.

Le public salue cette nouvelle proposition et en redemande. Les rappels seront nombreux, avec le plaisir pour tous de chanter à tue-tête « En secret » ou « Le Faussaire ». Après un énième salut de groupe, Dominique A clôt la soirée seul, presque à nu, quasiment à capella avec « La peau », chanson emblématique, s’il en est de son style, cru, poétique et sans concession.

Un moment très fort. Merci Mr A pour ce concert, pour ces 20 années et celles à venir. Et bon anniversaire.

 

 

 

About Laure dasinieres

Touche à tout, curieuse et passionnée, elle crée Not for Tourists en août 2008 pour d'obscures raisons. Rédactrice en chef tyrannique, elle torture les autres membres de NFT en multipliant les phrases alambiquées de 15 lignes, les tags à rallonge et les néologismes de son cru. Fan de trucs musicaux bizarres qui ont des noms avec "post","new", elle aime avant tout être surprise et touchée par la musique, le théâtre, le cinéma ou la danse. Elle aime aussi et plus ou moins accessoirement la compote, les shorts, les boots noires, la SF et les nerds anarchp-dandy