Entre 1977 et 1995, Grisélidis Réal, prostituée et écrivain, a consigné dans son « Carnet de bal d’une courtisane » ses clients, leurs goûts et ses commentaires et tarifs. C’est une succession de brèves lapidaires et crues, authentiques et professionnelles, médicales, presque. Le schéma est toujours le même: accueillir, satisfaire, se faire payer.
Adapter ces textes à la scène tenait de l’exercice audacieux, si ce n’est complètement casse-gueule. Il fallait éviter la provocation à tout prix, mais aussi et surtout déjouer le piège du répétitif rapidement lassant. Il fallait parvenir à incarner la pensée de Grisélidis Réal « la prostitution est un art, une science, un humanisme« .
Clotilde Ramondou, metteuse en scène et actrice nous livre ici une adaptation formidablement sensible, souvent tendre et émouvante, parfois drôle. Si l’on est un peu désarçonné par les premières minutes où elle entame froidement son monologue en se contorsionnant étrangement, on se laisse rapidement prendre par cette mélopée.
La crudité du texte dévoile peu à peu l’infinie tendresse que Grisélidis éprouve pour tous ces hommes, enfin presque tous. Elle porte sur eux un regard maternel, sans condescendance. Peu à peu, Clotilde Ramondou est rejointe sur scène par un choeur d’hommes qui interprétera des lieders de Schubert.
Ces transitions apportent un souffle intimiste, apaisant au discours et l’enrichissent en émotions. On devine des hommes seuls, un peu perdus, pas des pauvres types, ni des pervers, simplement en proie à une certaine misère sexuelle qui les affaiblit. Ils trouvent un refuge dans les caresses expertes de Grisélidis. Ils la respectent, l’adulent même. Rares sont les « cas » ou les « pénibles ».
Sur la scène, les hommes déambulent, s’égarent, sous le regard bienveillant de Clothilde/Grisélidis. Pas ou peu de dialogue entre eux mais des gestes et des coups d’oeils qui symbolisent une prévenance mutuelle.
C’est paradoxalement très pudique, sans tentative d’explication sur les motivations de ces hommes anonymes , sans amour, érotisme, ni pathos.
Voilà un spectacle qui respire la générosité et l’humanité, qui profite d’une mise en scène souvent inattendue. C’est aussi un formidable plaidoyer pour la liberté des prostituées et de leurs clients, plutôt salvateur en ces temps de répression accrue.
Seuls ceux et celles qui viendraient chercher là de quoi combler leur voyeurisme ou exciter leur libido risqueront d’être déçus, tout comme ces chiennes de gardes qui veulent absolument faire des prostituées des victimes et de leurs clients des malades.
3 > 21 janvier 2012
lun, mer, sam 19h30
mar, jeu, ven 21h
durée 1h40 – spectacle pour adultes
RESERVATION : 01 40 03 72 23
resa@theatre-paris-villette.com
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Spectacle pour adultes
d’après Carnet de Bal d’une Courtisane de Grisélidis Réal / Editions Verticales, mise en scène et interprétation Clotilde Ramondou, direction musicale Jean-Christophe Marti, hommes de chœur Florent Baffi, Antoine David, Patrick Gufflet, Hervé Falloux, Christophe Gutton, Émilien Hamel, Mehdi Idir, Lionel Mendousse, Victor de Oliveira, Pascal Omhovère, Michel Ouimet, collaboration artistique Hervé Falloux, costumes des hommes Laure Deratte, lumière Marc Delamézière, régie générale Julien Barbazin.
TARIFS >>>
Tarif plein 23€
Tarifs réduits 16€ / 10€ / 6€ avec le carnet Paris-Villette.

